Présentation du programme GAULHORE
PROGRAMME « GAULHORE » (Gaullistes : hommes et réseaux)
Sous la direction de Monsieur Bernard Lachaise.
Professeur d'histoire contemporaine, Université de Bordeaux 3
2008-2011
Le programme « Les gaullistes. Hommes et réseaux » (GAULHORE) s'inscrit dans un double contexte d'essor de l'historiographie du gaullisme, d'une part et de renouvellement de l'étude du personnel politique par la prosopographie et l'analyse des réseaux, d'autre part.
Si les premiers travaux sur le gaullisme ont commencé très tôt, dès les années cinquante - comme en témoignent la précieuse analyse réalisée par René Rémond dans son livre La droite en France (1954) et quelques études menées par François Goguel, Raymond Barrillon ou Mattei Dogan -, les recherches sur le gaullisme sont véritablement lancées dans les années 1960 par Jean Charlot qui s'impose, à travers de nombreuses publications – du livre issu de sa thèse, L'UNR. Étude du pouvoir au sein d'un parti politique (1967) à la synthèse publiée dans Histoire des droites en France sous la direction de Jean-François Sirinelli (1992) en passant par Le gaullisme d'opposition 1946-1958 (1983) – comme le spécialiste reconnu du sujet. Des synthèses de qualité sont écrites après la mort du général de Gaulle comme celles de Jean Charlot sur Le phénomène gaulliste et Le gaullisme (1970) ou de Jean Touchard Le gaullisme (1978). Des thèses en droit et en sciences politiques, comme celles de Christian Purtschet (1965) puis de Patrick Guiol sur le RPF (1985) ou de Robert Ponceyri sur le gaullisme électoral (1986) enrichissent l'histoire du gaullisme. Un nouvel élan est donné dans les années 1980-1990 par des recherches nouvelles. La connaissance est affinée et enrichie par des monographies locales (comme celle de Bernard Lachaise Le gaullisme dans le Sud-Ouest au temps du RPF en 1996), un ouvrage – le premier – sur l'après de Gaulle, celui d'Andrew Knapp, Le gaullisme après de Gaulle (1996), de nombreux colloques initiés par l'Institut/Fondation Charles de Gaulle (né en 1970) et l'Association Georges Pompidou (née en 1989) dont les plus importants sur l'histoire politique du gaullisme sont Le rétablissement de la légalité républicaine 1944 (1994), De Gaulle et le Rassemblement du peuple français 1947-1955 (1997), L'avènement de la Ve République (1998), Un politique : Georges Pompidou (1999), Georges Pompidou directeur de cabinet du général de Gaulle (2005), ainsi que de nombreuses recherches, en science politique – comme celles de Brigitte Gaïti De Gaulle prophète de la Ve République 1946-1962 (1998), d'Annie Collovald Jacques Chirac et le gaullisme (1999) – et en histoire – comme celles de François Audigier Génération gaulliste. L'Union des jeunes pour le progrès, une école de formation politique (1965-1975) (2005), de Frédéric Turpin De Gaulle, les gaullistes et l'Indochine 1940-1956 (2005) et Jean-Paul Thomas Droite et rassemblement du PSF au RPF 1936-1953 (2002). En 2002, Serge Berstein publie la première synthèse portant sur l'ensemble des années 1940-2001, intitulée Histoire du gaullisme.
Cependant, malgré l'abondance apparente de cette bibliographie, force est de constater qu'avant les années 1990, l'histoire des acteurs du gaullisme, l'histoire des gaullistes n'a pratiquement pas été abordée sauf par Jean Charlot pour l'UNR. Les études fouillées menées par Bernard Lachaise sur un corpus de militants dans le Sud-Ouest au temps du RPF, sur les antécédents politiques des hommes du RPF par Gilles Le Béguec et Jean-Paul Thomas, sur quelques entourages – celui du général de Gaulle en 1944-1946 (par Bernard Lachaise) ou à l'Élysée (par Éric Chiaradia) – ouvrent de nouvelles perspectives.
Or, depuis deux décennies, la biographie a fait un retour en force en histoire et la prosopographie a fait une entrée remarquable en histoire politique et sociale. Parmi les grandes enquêtes collectives entreprises à compter des années 1980 figurent ainsi, à titres d'exemples, celles sur « le personnel parlementaire français de la Troisième République » sous les directions successives de Louis Girard et Maurice Agulhon, puis Jean-Marie Mayeur, Alain Corbin et Jean-Pierre Chaline et sur « le mouvement ouvrier et le mouvement social français de 1940 à 1968 » sous la direction de Claude Pennetier, dans la continuité du « Maitron ». C'est dans ce contexte que Bernard Lachaise prit l'initiative d'inscrire dans le contrat quadriennal 1999-2002 du Centre Aquitain d'Histoire Moderne et Contemporaine (CAHMC) – ancêtre du CEMMC- de l'Université de Bordeaux 3 – équipe qui avait déjà co-organisé en 1997 le colloque De Gaulle et le Rassemblement du peuple français 1947-1955 – le programme « Etre gaulliste sous la IVe République ». Le projet a été encouragé par la Fondation Charles de Gaulle et inscrit dans un vaste programme d'études des mouvements gaullistes de 1940 à 1969, impulsé par Paul-Marie de La Gorce et accepté par le Conseil scientifique présidé par Maurice Vaïsse.
Dans ce projet, l'étude prosopographique représentait la plus grosse part. Cela a abouti à
- la constitution d'une base de données de 2000 notices, pour l'essentiel biographiques (1769), les autres étant composées d'études prosopographiques et d'études synthétiques départementales
- des publications individuelles ou collectives comme
- Bernard Lachaise et Jérôme Poumeyrol, Pour une histoire des gaullistes sous la Quatrième République. Approche prosopographique. Guide de recherche, CARHC (ancêtre du CAHMC)), Université de Bordeaux 3, 1998, 62 p.
- Bernard Lachaise (dir.), Résistance et politique sous la IVe République, Presses Universitaires de Bordeaux, 2004, 172 p.)
- une publication finale à paraître en 2008 aux éditions Honoré Champion, un Dictionnaire des gaullistes. Du RPF à l'UNR 1947-1958.
Enfin, l'approche du personnel politique sous l'angle du réseau, exploitée par Jacques Lagroye, est devenue une grille très utilisée dans la dernière décennie par les politologues tels Michel Offerlé ou Frédéric Sawicki (sur les réseaux socialistes). De plus en plus d'historiens ont recours à cet outil d'analyse en esquissant des typologies, en étudiant l'historicisation et l'exploitation des réseaux.
Les objectifs du projet GAULHORE sont triples :
- la constitution d'un corpus biographique gaulliste, élargi dans le temps (de la Seconde Guerre mondiale au milieu des années 1970) et le contenu (aux cadres des « partis » gaullistes, aux élus, aux membres des gouvernements) s'ajoutent les responsables des mouvements de la « nébuleuse » gaulliste ; les entourages (les cabinets) ; les élites de la « société civile » susceptibles d'être qualifiées de « gaullistes » ou de « compagnons de route » du gaullisme , dans la haute fonction publique, dans les milieux patronaux, dans les milieux intellectuels.
- l'exploitation du corpus par la prosopographie pour dresser un portrait de groupe mettant l'accent sur les générations gaullistes, la place des femmes, la formation intellectuelle, les étapes et les formes de l'engagement, la place de moments fondateurs dans l'entrée en politique et le parcours ; les ruptures et les reclassements.
- l'étude des réseaux qui contribuent si fortement à l'identité de cette famille politique, depuis la Résistance, permettra de mieux connaître la réalité, la diversité et la composition des réseaux gaullistes.
Pour atteindre ces objectifs, le programme GAULHORE fédère initialement 13 chercheurs de diverses générations, se connaissant bien, fortement investis, pour la plupart d'entre eux, dans l'histoire du gaullisme et pour tous, dans l'histoire politique de la France de la seconde moitié du XXe siècle. L'équipe s'efforcera de s'ouvrir et de collaborer avec des politistes intéressés par le gaullisme comme Patrick Guiol et Robert Ponceyri (avec lesquels elle a déjà travaillé) ou Annie Collovald et Florence Haegel.
L'originalité du projet tient essentiellement à la famille politique étudiée, les gaullistes, qui n'a pas fait l'objet d'une recherche systématique, ni sur son personnel, ni sur ses réseaux, à la différence de la gauche en général (voir le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social 1940-1968 sous la direction de Claude Pennetier) et des socialistes en particulier (voir les travaux de Noëlline Castagnez Socialistes en République. Les parlementaires SFIO de la IVe République ou Frédéric Sawicki, Les réseaux du Parti socialiste. Sociologie d'un milieu partisan). Il s'agit donc, d'une certaine manière, de fournir à la communauté scientifique – historiens, sociologues, politistes etc – une sorte d'équivalent du « Dictionnaire du Mouvement ouvrier et social 1940-1968 » pour une des familles des droites françaises, née avec la Seconde Guerre mondiale et devenue une des grandes forces politiques, exerçant durablement le pouvoir sous la Ve République, après une expérience – non négligeable – de participation au pouvoir sous la IVe République. Au-delà de l'approche biographique et prosopographique, l'approche par le réseau apparaît essentielle pour une famille politique régulièrement associée aux « réseaux de la Résistance », « réseaux du RPF », réseaux Foccart ». Même si les gaullistes se sont organisés en politique de manière classique sur le mode organisationnel du « parti » (bien qu'ils récusent le terme), ils l'ont fait aussi – et peut-être plus que d'autres familles politiques – sur le mode plus informel du réseau. Le projet a pour but d'apprécier la réalité de ces réseaux au-delà des images ou des fantasmes.
Il s'agit, d'abord, de délimiter le corpus, d'en définir les membres et de les identifier individuellement.
La constitution d'un corpus biographique gaulliste
Il s'agit d'élargir la base de données biographiques actuellement disponible pour la Quatrième République :
- dans le temps, en traitant les gaullistes de guerre et de la Libération, d'une part et de la Cinquième République jusqu'au milieu des années 1970 qui constitue un tournant dans l'histoire du gaullisme avec le décès de Georges Pompidou, la perte de la présidence de la République et la fondation d'un nouveau mouvement, le RPR, d'autre part.
- dans le personnel traité : aux cadres des « partis » gaullistes (appareils centraux et locaux), aux élus (parlementaires, maires), aux membres des gouvernements et aux candidats aux élections législatives s'ajouteront
- les responsables des associations et mouvements de la « nébuleuse » gaulliste (en dehors des seuls « RPF, républicains sociaux, UNR, UDR) comme les mouvements gaullistes de gauche (comme l'UDT etc), l'Association nationale, le SAC, l'UJP etc.
- les élus au Parlement européen
- les entourages des parlementaires (les assistants parlementaires) et surtout des membres du gouvernement (les cabinets)
- les membres des élites de la « société civile » susceptibles d'être qualifiées de « gaullistes » ou de « compagnons de route » du gaullisme , à la fois dans la haute fonction publique, dans les milieux patronaux, dans les milieux intellectuels (écrivains, journalistes, artistes etc…)
Les « grandes figures » du personnel gaulliste sont généralement assez bien connues par les autobiographies publiées ou les biographies suscitées. La liste est trop longue pour la donner ici et être exhaustive. Elle se compose, parmi les plus célèbres, des écrits de Charles de Gaulle, de Georges Pompidou, de Michel Debré, de Jacques Chaban-Delmas, d'Olivier Guichard, d'Alain Peyrefitte, de Pierre Lefranc, de Louis Terrenoire, de Jean Charbonnel, d'Edmond Michelet, de Jean-Marcel Jeanneney, de Claude Mauriac, de Claude Guy, de Bernard Tricot, de Jacques Foccart, de Pierre Messmer, d'Yves Guéna, de Philippe Séguin, de Jean Foyer, de Jean Mauriac etc et de multiples biographies sur de Gaulle (de Jean Lacouture à Eric Roussel en passant par Paul-Marie de La Gorce), sur Pompidou (Eric Roussel), sur Debré, sur Chaban-Delmas (dont les actes d'un colloque « Jacques Chaban-Delmas en politique » organisé à Bordeaux en mai 2006, paru aux PUF en 2008 sous la direction de Bernard Lachaise, Gilles Le Béguec et Jean-François Sirinelli), sur Jacques Chirac (dont celles de Frantz-Olivier Giesbert et la dernière de Pierre Péan) etc.
Le personnel gaulliste n'est cependant, à ce jour, connu que pour une partie de ses élites, dirigeants et parlementaires, dans des annuaires type Who's who depuis 1953, dans Pierre Viansson-Ponté Les gaullistes. Rituel et annuaire (1963) ou de dictionnaires spécialisés tels Dictionnaire des ministres et Premiers ministres et présidents du Conseil depuis 1815. Histoire et dictionnaire raisonné sous la direction de Benoît Yvert, en 1990 et 2002, Guy Sabatier et Philippe Ragueneau, Dictionnaire du gaullisme (1994), Dictionnaire des parlementaires français 1940-1958 dont seuls les cinq premiers tomes (A-O) ont été publiés entre 1992 et 2005 (le 6e devant paraître sous peu) sous la direction des services d'archives de l'Assemblée nationale et du Sénat ou du Dictionnaire historique de la vie politique française au XXe siècle sous la direction de Jean-François Sirinelli en 1995, actualisé en 2003, du Dictionnaire historique de la Résistance sous la direction de François Marcot avec la collaboration de Bruno Leroux et Christine Lévisse-Touzé en 2006 et Dictionnaire de Gaulle, sous la direction de Claire Andrieu, Philippe Braud et Guillaume Piketty, en 2006 (avec une petite centaine seulement de notices biographiques de gaullistes…). A cela il faut ajouter deux publications en cours dans lesquelles les gaullistes auront une place de choix, le Dictionnaire des parlementaires français de la Ve République entrepris sous la direction des archives de l'Assemblée nationale et du Sénat mais qui se limite aux seuls élus décédés avant 1978 et le Dictionnaire de la Cinquième République entrepris par le Comité d'Histoire parlementaire et politique (CHPP) sous la direction de Jean Garrigues et Sylvie Guillaume.
Un outil de travail présentant – avec indexation - l'ensemble des travaux publiés et surtout inédits – recherches universitaires (maîtrises, DEA, Masters, thèses) – sera réalisé dans le cadre du projet GAULHORE et mis à disposition de la communauté scientifique.
Le projet ici vise à englober aussi les « élites obscures » par définition moins connues mais pas toujours moins influentes. Il aura, à cet égard, la même ambition que les dictionnaires sur le mouvement ouvrier, dirigés par Jean Maitron puis Claude Pennetier et voudrait, dans l'idéal, aboutir à une base de données – encore jamais réalisée - sur une des grandes familles des droites françaises qui serait le pendant de la base sur les gauches, sans qu'il y ait d'ailleurs – et c'est intéressant en soi – une coupure totale entre les deux corpus, certains figurant dans les deux, à des moments différents de leur vie : les cas de Louis Vallon, du côté des « illustres » et de Jean Braman, du côté des « obscurs » en témoignant.
En plus des sources constituées par la presse (articles biographiques ou nécrologiques) et par les archives locales comme l'état-civil, les archives de la Fondation Charles de Gaulle (série B. RPF ; série C. Partis et groupements politiques dont républicains sociaux et UJP notamment ; série F. Fonds provenant de personnalités dont Soustelle, Diethelm, Terrenoire, Lebon, Eboué, Peyrefitte, Barberot etc), les archives de l'Assemblée nationale et du Sénat (dossiers des parlementaires, rapports parlementaires), les archives nationales (les dossiers de carrières des fonctionnaires, les dossiers de décoration, la série F notamment pour les rapports sur les élections et les partis politiques , 3 AG pour le général de Gaulle 1940-1958, 5 AG pour 1959-1969 et Georges Pompidou 1969-1974, les papiers Pierre Lefranc, Sébastien Loste et Jacques Foccart en AP, les archives de l'Association nationale , l'Association pour la Ve République (fonds Runel), celles de l'Union pour la Nouvelle République (fonds Jougla et Sauvage) en AS), les archives du Centre d'histoire de Sciences Po (dont les archives Michel Debré) permettent d'aller plus loin dans l'inventaire et la connaissance du personnel gaulliste, au moins jusqu'au milieu des années 1970, en travaillant sur des sources premières. Il est essentiel de veiller, dans la mesure du possible, au croisement permanent des sources « internes » (issues des gaullistes eux-mêmes par écrit ou oralement, des mouvements gaullistes, de la presse gaulliste) et des sources « externes » à collecter dans les sources publiques (regards portés sur les gaullistes, notices de police dans les archives, presse non gaulliste, témoignages de personnalités non gaullistes).
Si la notice biographique doit s'efforcer de collecter le maximum d'informations sur chaque gaulliste (en n'oubliant pas qu'elle pourra servir à des chercheurs travaillant sur des sujets fort éloignés…), l'exploitation prosopographique portera principalement sur un certain nombre de questions :
- les générations gaullistes
- la place et le rôle des femmes
- le gaullisme « familial »
- la socialisation politique
- la formation intellectuelle
- les étapes et les formes de l'engagement
- les origines et l'appartenance socioprofessionnelles
- la place de moments fondateurs dans l'engagement et le parcours (la Résistance ; 1947 : la création du RPF ; 1958 : le retour au pouvoir de Charles de Gaulle ; 1968 : les événements de mai ; 1976 : la fondation du RPR ; 1981 : la victoire de la gauche…)
- les ruptures et les reclassements (1945 : la Libération ; 1947 : la création du RPF et la rupture de Gaulle-MRP ; 1952 : la cassure du RPF lors de l'investiture Pinay ; 1953-55 : la mise en sommeil du RPF ; 1959-1961 autour de l'Algérie ; 1969-70 : la démission puis la mort du général de Gaulle ; 1976 : la création du RPR .
La diffusion des données biographiques à l'ensemble de la communauté scientifique mérite une attention particulière car parmi les individus qui constituent le corpus figurent de nombreuses personnes vivantes. Il faut tenir compte du fait que ne sont pris en compte dans le corpus – et dans la base de données – que des personnes dont l'engagement a été public (exercice d'une fonction à la tête d'un parti ou d'une association, candidature à une élection, mandat électif, fonction gouvernementale etc) ce qui exclut l'adhérent anonyme qui pourrait ne pas souhaiter que son engagement soit connu. La diffusion des données biographiques nominatives prendra en compte les normes légales fixées par la CNIL en matière de protection de certaines données personnelles (mariage, divorce, enfants) ou religieuses qui ne seront pas divulguées et ne feront l'objet que d'une exploitation quantitative et anonyme sauf si la personne a rendu publique, dans une notice biographique – ex : Who's who – ou dans ses souvenirs ces informations ou si leur communication est autorisée par la loi des archives du 3 janvier 1979 – peut-être bientôt remplacée par une loi réduisant les délais ? - (accès aux dossiers de personnel si la date de naissance est antérieure à 1887 – 120 ans - ; actes notariés, état-civil – 1907, 100 ans - ; archives de cabinet, de police – 1947, 60 ans – etc).
La collecte des informations biographiques d'un corpus qui peut être évalué à 5000 individus (dont 2000 déjà renseignés) durera deux ans (2008-2009) et le traitement prosopographique sera au cœur de la troisième année du programme (2010).
L'exploitation de la base de données
L'exploitation de la base de données s'effectuera par la prosopographie et l'étude des « espaces et réseaux relationnels » gaullistes à partir, d'une part, d'un corpus de sources écrites et orales existant mais à valoriser et d'autre part, d'autres sources orales à constituer.
Il s'agit d'identifier puis mettre en lumière des réseaux gaullistes, en expliquant leur structuration dans le temps (mise en place, évolution, déclin), leur composition (initiale, évolution, recomposition), leur exploitation (construction, activation, entretien) et leurs liens avec les leaders gaullistes successifs, Charles de Gaulle et Georges Pompidou.
Les biographies et leur traitement prosopographique permettront de définir, de confirmer et de préciser des liens entre les gaullistes et d'esquisser une typologie de réseaux (familiaux, scolaires, amicaux, professionnels, associatifs, politiques etc).
Mais à partir de l'exploitation de sources différentes, l'étude de réseaux peut aller beaucoup plus loin. Elle devra aboutir à des études fouillées sur des réseaux gaullistes dans l'espace (Outre-Mer, bien sûr, autour de Jacques Foccart ; régionaux comme ceux de Jacques Chaban-Delmas en Aquitaine ou Jacques Chirac en Corrèze ou à Paris entre 1977 et 1995), dans des professions (militaires, Universitaires, monde agricole etc), générationnel (les résistants ou les « chiraquiens » des années 1974-1981) etc.
En plus de l'utilisation des biographies, le travail s'effectuera à partir d'un :
corpus de sources écrites
publiées
les écrits d' « ego-histoire » des gaullistes c'est-à-dire les livres de souvenirs, de mémoires ou les journaux. Certains d'entre eux – déjà cités – constituent une source fort riche pour l'étude des réseaux gaullistes mais leur exploitation est à peine commencée tant la masse d'informations est grande et le traitement ne peut être qu'informatisé : il faut évoquer ici le Journal de Claude Guy, Jacques Foccart parle, le Journal de l'Elysée 1965-1974 de Jacques Foccart, C'était de Gaulle en trois tomes d'Alain Peyrefitte et plus récemment, L'après de Gaulle de Jean Mauriac. Il s'agira de dresser une liste exhaustive de ces « témoignages » écrits et de les soumettre à la grille de recherche sur les « relations » selon le logiciel ARCANE.
D'autres sources publiées, plus « classiques », ne seront pas négligées, comme les discours, les professions de foi conservées dans la collection du Barodet (et notamment l'auto-présentation des candidats) et les éditoriaux ou entretiens donnés à la presse écrite.
Il faut donc numériser et indexer l'ensemble de ces écrits pour en permettre une exploitation scientifique.
inédites
des sources beaucoup moins exploitées mais désormais accessibles devront être utilisées, en particulier les carnets d'adresses, les agendas (et feuilles d'emploi du temps) et les correspondances publiques ou privées.
Une recherche menée par Bernard Lachaise sur les rencontres du général de Gaulle au cœur de la « traversée du désert » (publiée dans le numéro 131, juin 2002 de Espoir. Revue de la Fondation Charles de Gaulle sous le titre « Les visiteurs du général de Gaulle au 5 rue de Solférino au temps de la traversée du désert septembre 1955-mai 1958 ») et les colloques consacrés à « Un politique : Georges Pompidou » (1999) et à « Jacques Chaban-Delmas en politique » (2006) ont montré l'intérêt des carnets d'adresse et des agendas pour l'historien pour étudier relations et réseaux gaullistes. Or les agendas de gaullistes aussi importants que Charles de Gaulle (1945-1969), Georges Pompidou (1958-1974) et Jacques Chaban-Delmas (1946- 1974) sont disponibles, conservés à la Fondation Charles de Gaulle, à l'Association Georges Pompidou ou au Centre des Archives Contemporaines de Fontainebleau pour Chaban-Delmas.
Les correspondances d'un certain nombre de gaullistes constituent une source encore plus précieuse et sous-utilisée. Si une partie de celles du général de Gaulle ont été publiées dans Lettres, notes et carnets par son fils, l'amiral Philippe de Gaulle, celles de Georges Pompidou sont très largement inédites, tout comme celles de nombreuses autres personnalités gaullistes comme les Premiers ministres Debré, Couve de Murville, Chaban-Delmas, Messmer, Jacques Chirac, Edouard Balladur…Mais dans les archives versées par quelques-uns de ces illustres gaullistes figurent des correspondances intéressantes qui méritent d'être traitées systématiquement. On peut aussi penser que l'outil de travail réalisé sous la direction d'Alain Larcan par Agnès Callu, Raymond Dartevelle et Philippe Oulmont et al., Inventaire du patrimoine gaullien, à paraître édité par la Fondation Charles de Gaulle, sera extrêmement utile pour repérer, consulter et exploiter d'autres correspondances.
corpus de sources orales
existant
Il est essentiellement composé des archives orales de la Fondation Charles de Gaulle, d'une part et celles de l'Association Georges Pompidou, d'autre part (sans compter les témoignages recueillis individuellement par les membres de l'équipe au cours de leurs recherches personnelles).
Les premières ont été principalement réalisées dans les années 1990 et portent surtout sur l'époque du gaullisme de guerre et du gaullisme d'opposition. Elles comptent 160 entretiens enregistrés sur cassettes et numérisés, conservés rue de Solférino, à la Fondation Charles de Gaulle. Une série de ces entretiens a été publiée – au moins partiellement – par la Fondation Charles de Gaulle dans deux volumes : Avec de Gaulle. Témoignages, tome 1 : La guerre et la Libération (1939-1945) et tome 2 : Le temps du Rassemblement (1946-1958), Nouveau monde éditions en 2003 et 2005. Il faut indexer ces entretiens qui représentent environ 480 heures de témoignages, ne disposant pas, à l'heure actuelle, de relevé chrono-thématique précis.
Les secondes sont celles élaborées par l'Association Georges Pompidou depuis le début des années 1990 dans le cadre d'une vaste campagne d'entretiens, fort bien menée, auprès de toutes celles et de tous ceux qui ont collaboré avec Georges Pompidou dans toutes ses activités, politiques ou non, tout au long de sa vie, de sa jeunesse – ses condisciples à l'ENS, ses anciens élèves – aux membres de ses cabinets, à ses ministres et aussi aux personnalités du monde syndical, économique ou intellectuel qu'il a eu l'occasion de rencontrer à Matignon ou à l'Elysée. Elles comptent 180 entretiens enregistrés sur cassettes et conservés à la fois au siège de l'Association (6 rue Beaubourg) et aux Archives nationales. L'ensemble des enregistrements représente environ 800 heures de témoignages, disposant de précieux relevés chrono-thématiques. Il faut cependant numériser ces archives pour en garantir la pérennité et surtout en permettre l'exploitation systématique par l'indexation, indispensable pour étudier en profondeur les réseaux.
à constituer
Si l'Association Georges Pompidou a quasiment bouclé sa campagne d'entretiens, même s'il manque de « grands témoignages » refusés ou impossibles à réaliser jusqu'à ce jour comme ceux de Pierre Juillet (décédé), de Marie-France Garaud et de Jacques Chirac. Il existe toutefois espoir de pouvoir combler quelques vides prochainement (ex : le témoignage de Jacques Chirac).
Pour les années de Gaulle, la Fondation Charles de Gaulle n'a pas achevé ses entretiens. Il faudrait développer systématiquement la constitution de témoignages sur la Ve République, les années 1960. Certains des témoins interrogés sur les années 1940-1958 devraient être revus (André Bord, Yvon Bourges, Jean Charbonnel, Philippe Dechartre, Jean Foyer, François-Xavier Ortoli, Yves Guéna…). D'autres politiques tels André Fanton, Albin Chalandon, Robert Poujade, Claude-Gérard Marcus, des conseillers tels Bernard Ducamin pourraient être interrogés. Pour l'après de Gaulle, en plus des noms ci-dessus, d'autres gaullistes comme Jean-Louis Debré, Alain Juppé, Philippe Séguin, Bernard Pons, Charles Pasqua, Hélène Missoffe, Jérôme Monod, Alain Carignon, Michel Barnier, Didier Julia etc.
La numérisation et l'indexation des sources orales s'effectuera en un an (2008-2009) et l'exploitation des sources écrites et orales pour l'étude des réseaux sera menée en deux ans (2010-2011).
Résultats attendus
Le projet GAULHORE permettra de mieux connaître les gaullistes, hommes et femmes compagnons du général de Gaulle, de Pompidou et de Jacques Chirac, qui ont joué un rôle essentiel dans la France combattante pendant la guerre et sous la Cinquième République où ils ont exercé au pouvoir durant de longues périodes (1958-1981 puis 1986-1988, 1993-1997) mais aussi sous la Quatrième République - où on oublie trop souvent leur participation au pouvoir entre 1952/53 et 1958-. Il fournira des éléments d'explication pour comprendre l'immense place prise dans la vie politique française par cette nouvelle force politique à partir de la Seconde Guerre mondiale et sa longévité tout en montrant ses évolutions, ses profonds changements – du RPF au RPR – et aussi sa diversité tant les gaullistes n'ont jamais constitué un ensemble monolithique.
Cette diversité de la famille gaulliste nous semble être un élément majeur qui devrait apparaître à l'issue de cette recherche : elle est, à la fois, signe de réussite du « rassemblement » voulu par le gaullisme mais aussi de divisions qui ont été généralement surmontées (à l'issue de la Seconde Guerre, au milieu des années 1950, au moment du choix de l'indépendance de l'Algérie, lors de la succession du général de Gaulle et en 1974-76, après la défaite de Jacques Chaban-Delmas et la fondation du RPR par Jacques Chirac) mais non sans ruptures et sans séquelles, surtout à partir de la mort du fondateur éponyme et de Pompidou.
L'enquête biographique, prosopographique et l'étude des réseaux permettra de dégager une typologie des gaullistes entre 1940 et 1976 qui sera, sans nul doute, plus complexe que les traditionnelles distinctions (« gaullistes de guerre/gaullistes politiques », « gaullistes/pompidoliens », « gaullistes de foi/gaullistes empiristes/doctrinaires » selon Jean Charlot pour les gaullistes de l'UNR).
Mais le projet n'est pas refermé sur lui-même :
- il permettra d'établir des études comparées avec d'autres corpus, comme celui du mouvement ouvrier et du mouvement social (Maitron-Pennetier) ou des parlementaires SFIO (Noëlline Castagnez) ou des années 1940-1958 (publié par La Documentation française)
- il fournira aux chercheurs travaillant sur la seconde moitié du XXe siècle un corpus biographique dont les entrées multiples pourront être utilisées dans des domaines très différents de l'histoire politique (exemples : parmi tant d'autres, sur les normaliens, sur les énarques, sur les hauts fonctionnaires, sur la construction européenne, sur les femmes, sur la guerre d'Algérie etc)
Les résultats attendus sont :
- la constitution d'une base de données inédite (l'équivalent du « Dictionnaire du Mouvement ouvrier et social 1940-1968 » pour une des familles des droites françaises), mieux connaître ce personnel politique qui a longtemps exercé le pouvoir entre 1940 et 1974 et fournir un outil utile à d'autres chercheurs en sciences humaines et sociales
- l'établissement d'un portrait de groupe d'une famille politique au cœur de l'histoire française depuis un demi-siècle, en mesurer la spécificité et comprendre son succès et ses échecs, à travers sa diversité, plus grande que celle imaginée habituellement
- l'analyse de la mise en place et de la composition de « réseaux » gaullistes depuis la Résistance, apprécier leur place et leur rôle dans l'histoire du gaullisme, de l'histoire de la France de la Seconde Guerre mondiale à la Ve République
La mise à disposition de l'ensemble de la communauté scientifique s'effectuera sous deux formes et en deux temps :
- la mise en ligne sur un site réservé d'abord – jusqu'à la fin du programme et la publication du dictionnaire - aux chercheurs de l'équipe qui pourront le consulter et l'alimenter, puis consultable sur Internet pour l'ensemble de la communauté scientifique
- la publication d'un Dictionnaire d'une élite politique. Les gaullistes. Hommes et réseaux au temps de Charles de Gaulle et de Georges Pompidou , organisé en trois parties (notices biographiques ; articles de synthèse dressant le portrait de groupe ; études sur les réseaux) réunissant l'essentiel des informations et de l'exploitation du corpus. La réalisation de cette publication s'effectuera en 2011 soit durant la 4e année du projet GAULHORE.
A terme, l'étude des gaullistes devrait s'intégrer dans une recherche européenne sur le personnel politique qui permettra de déterminer l'originalité éventuelle des gaullistes par rapport aux hommes appartenant à des familles politiques plus anciennes (communiste, démocrate-chrétienne, socialiste, libérale…) quant à l'influence de la Seconde Guerre mondiale, de la Guerre froide, de la construction européenne, des Trente Glorieuses, de la décolonisation et de l'alternance exercice du pouvoir/opposition. L'étude pourrait porter sur l'Allemagne, l'Italie, la Grande-Bretagne et la Belgique.
Récapitulatif de calendrier
2008-2009
- saisie et mise à jour des notices biographiques déjà renseignées (1769 gaullistes de la IVe République)
- collecte et saisie des informations pour les nouvelles notices biographiques (1)
- numérisation et l'indexation des sources orales
2009-2010
- exploitation des sources écrites et orales pour l'étude des réseaux (1)
- collecte et saisie des informations pour les nouvelles notices biographiques (2)
Une journée d'études à mi-parcours fera le point sur les axes définitifs du traitement prosopographique du corpus à partir de la base de données biographiques réalisée
2010-2011
- traitement prosopographique des données biographiques
- exploitation des sources écrites et orales pour l'étude des réseaux (2)
2011
Réalisation du Dictionnaire d'une élite politique. Les gaullistes. Hommes et réseaux au temps de Charles de Gaulle et Georges Pompidou.
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