13 mai 1958 : les coulisses d’un retour au pouvoir minutieusement préparé

Le retour du général de Gaulle aux affaires, au printemps 1958, ne relève ni de l’improvisation ni d’un simple appel populaire. Il s’inscrit dans une stratégie patiemment construite par ses fidèles depuis plus d’une décennie, dans un contexte de crise politique et institutionnelle profonde. Le 13 mai 1958 marque le point de bascule : cette journée précipite la chute de la IVe République et ouvre la voie à l’homme du 18 juin.

Tout commence bien plus tôt, en janvier 1946, lorsque De Gaulle quitte avec fracas le Gouvernement provisoire. Lassé d’un système dominé par les partis, il refuse ce qu’il considère comme un retour aux pratiques d’avant-guerre. Contrairement à ses attentes, les forces politiques ne le rappellent pas. Elles s’organisent sans lui et instaurent un régime parlementaire fort, fondé sur une alliance entre communistes, socialistes et démocrates-chrétiens. La IVe République naît ainsi dans un climat fragile, marqué par l’instabilité gouvernementale et les tensions idéologiques.

De Gaulle, lui, reste en retrait mais pas silencieux. Dès juin 1946, à Bayeux, il expose sa vision d’un pouvoir exécutif fort, en rupture avec le parlementarisme dominant. Ses idées sont minoritaires, mais elles irriguent progressivement un courant gaulliste structuré, convaincu que le régime ne tiendra pas. Les crises se succèdent, la guerre d’Algérie s’enlise, et l’autorité de l’État s’érode.

À la fin des années 1950, les réseaux gaullistes sont prêts. À Paris comme à Alger, des relais civils et militaires s’activent. Le 13 mai 1958, une insurrection éclate à Alger, portée par des partisans de l’Algérie française et soutenue par une partie de l’armée. La menace d’un basculement militaire devient réelle. Face au risque de guerre civile, le pouvoir vacille.

De Gaulle se pose alors en recours, sans jamais apparaître comme l’instigateur direct des événements. En quelques semaines, la pression politique et populaire le ramène au centre du jeu. Le 29 mai, son retour est acté. La IVe République est condamnée, et une nouvelle ère institutionnelle s’ouvre.