La Constitution française de 1958 ne résulte pas uniquement de la crise politique qui précipite le retour de Charles de Gaulle au pouvoir. Elle trouve ses racines dans plusieurs décennies de réflexion sur l’autorité de l’État, le fonctionnement des institutions et les faiblesses du régime parlementaire.
Dès la Première Guerre mondiale, le futur fondateur de la Ve République porte un regard sévère sur la IIIe République. En décembre 1915, alors qu’il combat en Champagne, il confie à sa mère son exaspération face aux parlementaires, auxquels il reproche leur inefficacité et leurs querelles politiques.
Cette méfiance contribue progressivement à façonner sa pensée. Pour De Gaulle, la France doit pouvoir compter sur une autorité politique stable, capable de prendre des décisions dans les moments difficiles.
Son affectation au Secrétariat général de la Défense nationale en 1931 renforce ses convictions. Proche de certains responsables politiques, notamment Paul Reynaud, il défend une modernisation de l’armée et développe sa conception du commandement.
Ses ouvrages publiés entre 1932 et 1938 témoignent de cette évolution intellectuelle. Les principes d’autorité, de responsabilité et de continuité qu’il défend dans le domaine militaire nourrissent également sa réflexion institutionnelle.
Le 16 juin 1946, son discours de Bayeux marque une étape fondamentale dans l’histoire du gaullisme. Il y expose sa vision d’un pouvoir exécutif renforcé, moins dépendant des partis politiques.
Douze ans plus tard, ces idées inspirent largement la Constitution de la Ve République, promulguée le 4 octobre 1958. Un aboutissement majeur pour une pensée politique élaborée bien avant le retour du Général aux affaires.