Peut-on parler d’un gaullisme survivant à son fondateur ? La question hante historiens et observateurs depuis le départ du Général, au printemps 1969, après le référendum perdu qui précipita sa sortie de la scène politique. Le gaullisme, intrinsèquement attaché à la personnalité et à l’expérience du pouvoir de Charles de Gaulle, se définit plus par une fidélité à une figure qu’à un programme strictement idéologique. Rétif aux clivages traditionnels gauche-droite, il rassemble des hommes et des femmes venus d’horizons divers, unis par le respect et l’admiration pour celui qui incarnait la Ve République.
À la disparition du Général du quotidien politique, certains se sont interrogés sur la capacité de ce courant à perdurer. De Gaulle lui-même confiait à André Malraux se sentir étranger à la vie de ses partisans, conscient que sa personne constituait le cœur du mouvement. Pourtant, cinquante ans plus tard, de l’extrême gauche à la droite conservatrice, une grande part du personnel politique se revendique toujours de son héritage, évoquant une « certaine idée de la France » qui dépasse le simple cadre partisan.
Ce paradoxe tient à la distinction entre le gaullisme vivant du fondateur et l’idée de gaullisme qui a traversé les décennies. Si le premier s’éteint avec l’homme, le second se métamorphose, se diluant dans le paysage politique français tout en conservant une force symbolique. Le gaullisme introuvable d’aujourd’hui n’est plus une doctrine claire, mais une mémoire politique, une référence à l’autorité, à l’indépendance nationale et à la souveraineté qui continue de nourrir les discours et de structurer les imaginaires de l’État.