Né dans le sillage du séisme de Mai 68, le gaullisme d’ordre s’impose comme une réponse politique à la peur du désordre. Au sein de la famille gaulliste, ce courant ne se réduit pas à une simple sensibilité conservatrice déjà présente sous la Ve République. Il se structure véritablement après les événements de 1968, lorsqu’une partie des fidèles du pouvoir voit dans la contestation étudiante et sociale l’expression d’une offensive idéologique plus vaste, nourrie par le marxisme, l’agitation révolutionnaire et les réseaux d’influence étrangers.
Ce courant s’organise alors autour de plusieurs relais. Le Service d’action civique, les réseaux animés par Jacques Foccart, les Comités de défense de la République, l’UNI ou encore certains cercles syndicaux forment une galaxie militante tournée vers la riposte. Leur objectif est clair : défendre le régime, surveiller les foyers de contestation et imposer dans le débat public une ligne de fermeté. Dans les universités, dans les entreprises, dans les médias et même dans les couloirs du pouvoir, ce gaullisme de vigilance cherche à peser.
Son influence ne doit toutefois ni être minimisée ni surestimée. D’un côté, cette nébuleuse dispose d’appuis parlementaires, ministériels et partisans réels, capables d’orienter certaines décisions dans un sens plus répressif. De l’autre, elle reste traversée par des rivalités, des divergences stratégiques et des fidélités fragiles. Plus qu’un bloc homogène, elle fonctionne comme un ensemble de réseaux parfois concurrents.
Le gaullisme d’ordre marque néanmoins une inflexion décisive : il contribue à tirer une partie du mouvement gaulliste vers une culture politique plus sécuritaire, plus antimarxiste et plus conservatrice. Son déclin progressif dans les années 1970 n’efface pas son rôle : celui d’avoir incarné, dans la crise, la tentation d’un gaullisme fondé avant tout sur l’autorité.